Youkool Sekuray

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Youkool Sekuray

Message  Youkool le Mer 2 Sep - 18:56

Chapitre 1 : Éclair

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Un grattement.

L'histoire de Youkool Sekuray commence avec un grattement.

Un tout petit grattement de rien du tout : le grattement d'un gizka apprivoisé au pied d'une porte, réveillant deux heures avant l'aube le petit Youkool de six ans à peine. Il avait eu le petit reptile en guise de cadeau pour ses trois ans, et il avait depuis toujours partagé sa chambre. Sa grande sœur, Lynda, et lui avaient appris à s'en occuper, l'avaient tous les deux éduqué et nourri mais le Gizka s'était surtout attaché à Youkool. Il était habituel que le compagnon de chambrée de l'enfant veuille aller se soulager au milieu de la nuit, et il disposait pour cela d'une petite porte que le père de Youkool avait fabriqué spécialement pour lui. Se frottant les yeux, l'enfant sourit : « T'es bête Tanu, t'as ta trappe juste à côté ! ».

Il poussa le bipède à travers, puis retourna se coucher. À peine avait-il fermé les yeux que le grattement recommença. Le reptile avait repassé la trappe et continuait de gratter vers l'extérieur. Interloqué, Youkool ouvrit entièrement la porte de sa chambre. La bête émit un petit croassement et commença à sautiller vers la porte d'entrée. Un sourire illumina la figure du petit garçon, toute fatigue envolée : « Tu veux aller jouer ? J'arrive mais chhhhhht tu vas réveiller Papa et Maman ! ».

L'enfant savait très bien que ses parents avaient le sommeil léger. Cela s'expliquait facilement lorsque l'on connaissait leurs passés.
Son père, Til'lyan, avait été un chasseur de prime avant de devenir mercenaire au service de la République. Il avait connu les bas-fond des pires villes de la galaxie et la fureur des champs de bataille. Une telle existence nécessitait d'être toujours à l'affût et il ne dormait jamais que sur une oreille. Il avait notamment adapté son équipement pour pouvoir l'enfiler en moins de trente secondes, ce qui lui avait sauvé la vie plus d'une fois.
Azuli, sa mère, avait quitté l'ordre Jedi pour fonder une famille avec ce Zabrak qu'elle avait rencontré lors d'une mission. Pendant trois ans elle avait combattu en avant-garde, au cœur des batailles les plus féroces de la guerre galactique. Lorsqu'elle rencontra Til'lyan, elle compris pour la première fois que les émotions pouvaient parfois être une bénédiction, à condition de les maîtriser. Leur escouade remporta victoire sur victoire et devins vite célèbre. Leur amour grandissant avait cependant attiré les foudres du conseil Jedi et elle finit par claquer la porte, alors que ses pairs essayait de les séparer. Elle aimait, et s'ils ne pouvaient pas comprendre que ça lui serait bénéfique, elle ne les écouteraient plus.

Après avoir combattu pour la République pendant encore quatre ans en tant que mercenaires, ils emménagèrent dans une colonie minière sur Atzerri, une planète de la bordure intérieure. Là, ils pourraient être tranquilles pour élever leur fille.
La grande sœur de Youkool, Lynda, était cependant la principale source de soucis de toute la famille. Elle était sensible à la Force et l'Ordre Jedi avait souvent tenté de l'emmener pour qu'elle suive leurs enseignements. Heureusement, ses parents ont à chaque fois fait comprendre gentiment mais fermement qu'ils seraient parfaitement capable d’élever leur fille. Lorsque les demandes se sont transformées en menaces puis en tentative d'enlèvement, Til'lyan et Azuli n'ont pas hésité à briser quelques membres pour garantir la sécurité de leur fille. Le message avait fini par passer et les Jedis avaient abandonné l'idée d'enrôler Lynda, laissant la petite famille à une vie simple et heureuse.

Lynda avait donc vécu une enfance paisible rythmée par les leçons et entraînements que lui prodiguait sa mère. Malgré leur refus de la laisser suivre l'enseignement Jedi, ses parents voulaient tout de même lui donner les clés pour que son don ne soit pas un fardeau. Entre leçon de contrôle de la Force et séance de méditation, Lynda grandirait en adepte des arts Jedis.
Pour ne pas que Youkool se sente délaissé, son père en avait profité pour lui enseigner les rudiments de la forgeronnerie, de la mécanique et de l'électronique. « Pas besoin de ces tours de sorcières pour être fort ! », s'était-il moqué un soir alors que Youkool montrait fièrement à sa mère et sa sœur son premier plastron fait main.

Les leçons de combat à mains nues se faisaient en famille, sans la Force, et Youkool chérissait ces moments où ils étaient tous réunis. C'était ce qu'il adorait le plus au monde ! Avec les leçons de son père et les desserts de Mamie Yaki, la vieille Cathar deux portes à côté. Et jouer avec Tanu aussi ! D'ailleurs se dernier le pressait alors que Youkool était perdu dans ses pensées. « Oui, oui, j'arrive ! », chuchota-t-il.


À peine sortis, ils tombèrent nez à nez avec deux gardes de la colonie. Youkool les connaissait tous depuis sa naissance et reconnu donc facilement le fusil de Thomas, un jeune humain au nom étrange qui paraissait avoir constamment un sourire sur les lèvres.  À ses côtés, Yullin, un vieux twi'lek qui semblait avoir tout vu dans ce monde, s'était adossé négligemment à un lampadaire.

Un sourire dans la voix, l'alien s'adressa à l'enfant : « Ben alors vous deux, vous faites le mur ?
- Pas du tout, on va jouer ! » répliqua le jeune garçon tandis que le jeune soldat s'accroupissait pour gratter sous le menton du Gizka.

Vous éloignez pas tr ... », commença à recommander l'autre. Il s'interrompit brusquement, coupé par une communication entrante sur le canal prioritaire. Il se releva d'un seul coup et arma son fusil : « Rentre chez toi et réveille tes parents ! Vite ! », le pressa-t-il tout en se positionnant près de son mentor qui visait déjà dans la nuit.

À peine eut-il atteint la porte de chez lui que les premiers tirs retentissaient déjà aux oreilles de Youkool. Il savait ce qui se passait, bien sûr. C'était le prix à payer lorsque l'on naissait dix ans après le début d'une guerre d'ampleur galactique. Un seigneur Sith en mal de combat ou un officier impérial désireux de se faire bien voir avait envoyé ses troupes prendre d'assaut le village, pensant remporter une victoire facile. Il courut jusqu'à la porte de la chambre de ses parents mais elle s'ouvrit devant lui. Les deux adultes en sortirent, déjà en armures et prêts pour le combat. Son père s'accroupit et lui pris les épaules : « Quand on sera sortis, tu verrouilleras la porte, puis tu réveillera ta sœur et vous irez vous installer dans la salle de jeu. Compris ? ». Youkool hocha la tête. Sa mère le serra dans ses bras puis ils partirent, ils avaient déjà perdu beaucoup trop de temps.

Après avoir obtempéré, Youkool et Lynda se retrouvèrent le nez pressé contre la vitre pour voir l'action. L'arrivée de leurs parents dans le combat sembla transformer une bataille serrée en un massacre. Dire qu'ils étaient synchronisés était bien trop faible, tant ils semblaient se mouvoir naturellement l'un par rapport à l'autre.

L'ancien chasseur de primes attrapait à l'aide de lassos les cibles les plus éloignées tandis qu'il se servait de son jetpack pour voler à travers le champ de bataille et assommer ceux qu'il pouvait épargner. Il ne tirait qu'en dernier recours, conscient du caractère précieux de chaque vie. Sa compagne semblait dessiner une arabesque autour de lui, ses sabres qu'on aurait dit dotés d'une vie propre fendaient constamment les airs tandis que leur propriétaire se déchaînait dans un corps à corps souple caractéristique de son éducation Jedi. Les corps inconscient des soldats impériaux finissant invariablement poussés par la Force ou propulsés par un lasso vers un groupe de soldats qui s'occupaient de sécuriser leurs prisonniers.

Ce n'était pas la première fois que le village essuyait une telle attaque, et certains prisonniers s'étaient même intégrés à la petite communauté. La politique de paix de la colonie les poussaient à déserter l'Empire pour s'installer loin des combats. Ceux qui refusaient de poser les armes avaient étés confiés au bon soins de la République.

La petite équipe était donc rodée et les forces de l'Empire commençait déjà à s'essouffler. Une si petite troupe était probablement sous le commandement d'un seigneur Sith suffisamment lâche pour ne pas se montrer sur le champ de bataille. Du moins en étaient-ils persuadés.

Mais le réel danger ne venait pas s'écraser sur les défenses de la ville, il venait de l'intérieur. La porte était gardée ? Les murs en duracier ? Voulant effectuer son œuvre rapidement et discrètement, le Sith passa par le sous-sol. Creusant la roche avec ses deux sabres d'un geste acquis, il entra dans la maison où se réfugiaient Youkool et Lynda tandis que son principal obstacle était occupé dehors à repousser les dernières vagues de soldats.


Lorsqu’Azuli sentit le danger, c'était trop tard. Le seigneur Sith avait sacrifié une grande partie de ses troupes dans un seul but et il n'avait pas l'intention d'abandonner. Il avait profité d'anciens couloirs miniers abandonnés pour s'infiltrer dans la maison-forteresse. L'ex-Jedi, pressée par son instinct, se précipita vers la maison, repoussant sans ménagement les soldats impériaux cherchant à la ralentir. Ses efforts pour en ouvrir la porte furent vain, le Sith ayant pris soin de souder le verrouillage. L'homme s'assura que la porte tiendrait le coup suffisamment longtemps puis tourna les talons. La maison fortifiée entièrement verrouillée empêchait maintenant les vétérans de rentrer chez eux alors que le Sith se dirigeait d'un pas sûr vers les deux enfants.

D'homme, il n'en avait plus que le nom. Sa cape savamment déchirée laissait entrevoir la moitié de son corps remplacé par des prothèses à l'apparence volontairement agressive. Son visage même se confondait avec une moitié de casque tout en excroissances. Des yeux fous, portant en eux une fureur née de la douleur, semblait s'enfoncer au fond d'orbite démesurées. En résultait une vision d'horreur, une apparence de cauchemar vivant qui avait pour but premier de le décrire mieux que n'importe quel conteur. Brutalité mécanique et promesse de souffrance se lisaient sur lui tandis sa démarche puissante et voûtée traduisait un pouvoir sombre. Il se délectait d'avance de la réaction des deux avortons qu'il s'apprêtait à massacrer.


Lorsqu’il entra dans la pièce où Youkool et Lynda étaient cachés, la jeune fille lui faisait face, armée d’un vieux sabre d'entraînement. Le Sith marqua un temps d’arrêt. Une fillette, de moins d'une dizaine d'années osait lui faire face ? À lui ? Ses genoux tremblait et son visage transpirait la peur mais ses mains étaient fermement refermées sur son arme de fortune. Le Sith parti d'un grand rire et elle s'élança vers lui. Il para les faibles quoique précis coups de l'enfant avec une nonchalance ostentatoire. En trois mouvements il la déséquilibra et, profitant de son trouble, lui enfonça son pied dans le bas ventre. Elle se plia en deux sous la douleur. Il s'apprêtait à l'achever lorsqu'une vague d'énergie le força à verrouiller ses appuis. La fillette s'était redressée malgré sa terreur et continuait de protéger son petit frère, recroquevillé au fond de la pièce.

La renvoyant à terre d'un revers de sa main droite, le Sith commença à reconsidérer sa venue. Il était venu ici pour détruire, torturer et tuer. Il avait prévu de massacrer ces deux enfants et profiter de la détresse et de l'abattement de leur parents pour prendre sa vengeance. Les vétérans qui s'acharnaient pour ouvrir la porte avaient osé l'estropier, il y a si longtemps. Lors de cette bataille, il avait tout perdu. Dans un espoir désespéré de s'enfuir il avait volé un véhicule Républicain. Le speeder avait été scindé en deux par un sabre volant, lui faisant perdre le contrôle. Il s'était écrasé au fond d'un ravin tout proche, et laissé pour mort dans l'explosion de son véhicule. Les dommages qu'il avait subi ce jour là le forçaient à adopter cette apparence de cauchemar. Cela faisait des années qu'il ruminait sa rancœur et planifiait sa vengeance, tout se passait exactement comme il l'avait planifié. Il allait détruire tout ce qu'ils avaient, briser leur bonheur de ses propres mains, puis les torturer jusqu'à ce qu'il soit satisfait de leur sort et ne les autorise à mourir.

Il avait tout prévu, sauf cette gamine qui osait lui opposer une résistance aussi futile que courageuse. Il pourrait l'écraser en un instant et continuer comme il l'avait planifié mais une nouvelle idée s'insinuait dans son esprit et commençait à le séduire. Son plan lui paraissait maintenant bien fade comparé à cette opportunité qui se présentait à lui. Lorsque Lynda se releva, il avait pris sa décision.


Il la jauga, satisfait. Elle ferait un outil parfait. Il la briserait, la détruirait, et quand elle se serait reconstruite, sous son emprise, c'est elle qui accomplirait sa vengeance. Mais pour cela, elle devrait d'abord apprendre le respect. Ce serait sa première leçon. Alors que Lynda le chargea dans une tentative désespérée, le sabre rouge vombrit une dernière fois, et un silence irréel tomba sur la scène.

Youkool était figé, bouche-bée, alors que sa sœur tombait à genoux, ses yeux écarquillés rivés sur ses avant-bras. Avant-bras que terminaient désormais deux moignons encore rougeoyants.

Sous le choc et la douleur, ses yeux se révulsèrent et elle tomba sur le sol, inconsciente.

Le Sith se tourna ensuite vers Youkool, toujours paralysé, et tendit vers lui sa main mécanique.

"Vengeance." fut la dernière chose qu'entendit Youkool, avant de sombrer dans l'inconscience. Le Sith canalisa la puissance de la Force.

Éclair.

Lumière, bruit et souffrance.

_______________
Youkool a seize ans. Cela fait maintenant dix ans que sa sœur a été enlevé devant ses yeux. Enfin presque devant ses yeux : ses parents lui avaient raconté. Le Sith avait sous-estimé la résistance de Youkool, et après de longues journées de soins intensifs, il s'en était miraculeusement sorti avec quelques brûlures internes sans conséquences.

Une fois totalement rétabli, ses parents lui avaient annoncé qu'ils partaient, tous les trois, à la recherche de Lynda. Le Sith avait réussi à s'enfuir, sacrifiant de nombreux soldats et faisant s'ébouler son tunnel derrière lui.

Pendant près d'une décennie, Til'lyan et Azuli n'eurent de cesse de chercher leur fille. Entre filature, assauts, infiltration et fausses piste, ils entraînèrent leur fils dans une enquête à grande échelle.
Mystère de la psychologie, Youkool devint un jeune homme joyeux et serviable, son optimisme transmettant l'image souvent  trompeuse d'un bon vivant un peu pataud. Cependant, Til'lyan et Azuli avaient conscience qu'ils ne pourraient pas se permettre de le garder à leurs côtés infiniment. L'enquête prenait un tournant de plus en plus dangereux et Youkool ne pouvait pas rester exposé à un tel danger. Il avait un vie à vivre, et c'était à lui de la construire.

Au grand désespoir de ses parents, Youkool opta pour la vie la plus dangereuse qu'ils pouvaient imaginer : avant-garde de l'armée Républicaine. Ces soldats d'élites entraînés aussi bien au techniques de guérilla qu'à la fureur de champs de bataille étaient toujours en première ligne des combats. Malgré la réticence de ses parents, il fut intraitable, écoutant et contrant tous les arguments.
C'était trop dangereux ? Pas plus que leur recherche de Lynda.
Il pouvait vivre tellement plus heureux ? Comment pourrait-il être heureux en ayant le sentiment d'abandonner tout le monde ?
Il n'avait pas envie d'abandonner la recherche de sa sœur, mais il ne pouvait plus tourner le dos à toutes ces populations innocentes qui souffraient de la guerre. Il avait pris conscience de la situation actuelle lors de leurs recherches et de la souffrance qu'engendrait l'Empire Sith. Il voulait aider à faire chuter l'Empire et leur fit une promesse : ils rentreraient tous à la maison, un jour, après avoir sauvé Lynda et la République. Alors seulement il déposerait les armes.

Le fils et ses parents se dirent donc au revoir le jour de ses seize ans. Lui partirai suivre une formation prolongée pour rentrer dans le corps des avant-gardes et eux continueraient de rechercher Lynda. Lorsque Youkool se retourna une dernière fois avant de monter dans la navette, il ne se doutait pas que ce serait la dernière fois qu'ils les verrait.

____________
Youkool a vingt ans. Deux ans après le traité de Coruscant, il est sur le point de terminer sa formation de soldat de front, les avant-gardes.

Cela fait bientôt treize mois que ses parents lui ont envoyé leur dernier message. Ils pensaient avoir trouvé une piste pour retrouver Lynda. La piste les mèneraient sur une planète impériale dont ils ne préciseraient pas le nom, pour le protéger. Ils l'aimaient très fort et lui souhaitait un avenir radieux. Le message était clair : il n'étaient pas sûrs de revenir de cette expédition.

Il compris qu'il avait abandonné l'espoir de revoir un jour sa famille, et cette prise de conscience le hanta longtemps. Il s'assombrit, devint distant, distrait. Il cessa même d'en avoir conscience, jusqu'au jour où son camp d'entraînement se fit attaquer.

Ce jour-là, ou plutôt cette nuit-là, il est de garde avec trois de ses camarades pour surveiller les alentours de leur camp. Le groupe s'est séparé en deux équipes de deux et chaque groupe tourne à une centaine de mètres du camp, dans le sens des aiguilles d'une montre. Ainsi, les deux groupes sont constamment à l'opposé l'un de l'autre, couvrant un maximum de champ. Youkool observe d'un œil distrait ce qui leur sers de logement depuis maintenant cinq mois. Le climat extrême de Hoth les obligent à construire de véritables petites maisons à la place des habituelles tentes et leur camp d'entraînement ressemble à une ville en miniature, une agglomération d'un mètre cinquante de hauteur. Ils sont dans cette communauté une petite cinquantaine, sous la direction d'un commandant assurant le poste de sergent instructeur.

“Hurlement au sud du camp ! On dirait un wampa !" la phrase tombe comme un couperet dans le calme apparent de la nuit, suivie par une deuxième, encore plus inquiétante : "MULTIPLES hurlements entendus, je répète, MULTIPLES hurlements !".

L'alerte est donnée. Youkool et son partenaire courent vers le camp pour former une ligne de défense alors que derrière eux s'élèvent d'autres hurlements, synonyme d'attaque imminente.

À peine arrivés, les soldats prennent place derrière les barricades de glace pour jauger la situation.
Des wampas, créatures solitaires extrêmement dangereuses, fondent en meute sur la troupe qui se réveille à peine. Surentraînés, les soldats n'auraient eu aucun mal à repousser ces monstres si ces derniers n'avaient coordonné leurs attaques avec un sens de la stratégie parfaitement anormal pour des bêtes sauvages. Une lueur de folie brille dans les yeux des bêtes qui, d'ordinaire, ne peuvent supporter la compagnie de leurs congénères. Abattant tant bien que mal le deuxième wampa de son existence, Youkool pense à sa sœur. Sa sœur qui avait été emmenée il y a de cela quatorze ans par un Sith. Sith dont le regard était hanté par une lueur de folie.

Hurlement.

Son compagnon de patrouille s'effondre à côté de lui, un trou rougeoyant au milieu du torse. Poignardé par une ombre.

« ASSASSIN SITH ! », hurle Youkool. Un avertissement simple clair et efficace.

Un avertissement qui aurait pu suffire pour empêcher la mort de plusieurs camarades, s'il n'y avait eu les wampas. Bien que largement moins nombreuses que ce qui avait déboulé plus tôt sur le campement, les bêtes restent suffisantes pour occuper les soldats. Suffisamment en tout cas pour qu'un assassin s'en donne à cœur joie. Considérant ses compagnons qui tombent les uns après les autres, Youkool active la vision thermique de son casque pour repérer la menace. L'assassin peut tout masquer grâce à la Force, tout sauf la glace qui fond à proximité de son sabre. Il suit la trace ... il est là ! L'inquisiteur invisible, se sentant découvert, fonce vers le cadet qui a la prétention de le sortir de l'ombre.

Coup d'estoc.
Esquiver. Sortir la vibrolame.
Coup de taille.
Parer. Repousser du pied. Ne rencontrer que le vide. Se retourner pour parer un coup prévisible.
... Personne.

Éclair.

Avec la souffrance physique, une chape de souffrance mentale, intolérable, s'empare de son esprit.

La conscience de Youkool navigue. Il doit se réveiller, mais les méandres d'une introspection involontaire l'en empêche. Il sent la présence de l'inquisiteur dans son esprit, cherchant à amplifier ses peurs, à réveiller ses démons intérieurs.

Il tente de faire le vide, de trier les nuages de ses pensées. Il doit s'occuper de ce qui lui obscurcit l'esprit s'il veut avoir la moindre chance en se relevant. Il revoit l'éclair l'envoyant à terre, et cet éclair fait écho avec un autre, lié à un traumatisme plus profond.

Il revit la scène. Lui paralysé, recroquevillé au fond de la pièce comme s'il espérait disparaître dans le mur. Sa sœur tentant de le protéger de cette machine de mort qui venait d'apparaître derrière eux. Sa sœur se faisant malmener sans pitié aucune par le Sith.
Sa sœur tombant à genoux, les deux mains coupées.
Sa sœur.
Sa sœur et ses parents.
Il les a abandonnés !
La culpabilité le ronge, le paralyse. Il sent confusément que cette culpabilité est exacerbée, mais ses racines sont naturelles, profondément ancrées.
Un éclair de lucidité lui souffle qu'il doit maîtriser ses pensées, ne pas laisser les émotions que le manipulateur a instillé en lui le consumer.
Mais pour cela il doit se battre contre lui-même. Contre cette culpabilité qui lui creuse le ventre.
Il se raisonne, il a choisit sa voie et elle n'a rien à voir avec la lâcheté.
Il n’a pas choisit cette profession par dépit, sa décision avait été le fruit d’une longue réflexion et d’une âpre négociation avec sa conscience.
Certes il n'est pas resté avec ses parents pour chercher sa sœur. Certes il a tout fait pour se tenir éloigné de cette enquête interminable, mais il avait une raison.
Il pense à tout ces gens qu'il avait déjà sauvé. Toutes ces opérations que les apprentis qu'ils étaient avaient déjà menés pour protéger des populations. Tous ces raids avortés de seigneurs Sith ne respectant pas le traité de Coruscant.
Et ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait s'arrêter !
Ce n'est pas un simple inquisiteur farfouillant dans son esprit qui allait l'empêcher de se mener à bien sa mission !
Il bande sa volonté, tentant de repousser l'assaut mental, mais le Sith résiste. Il a pour lui la Force et l'habitude du contrôle des esprits. Son emprise se fait plus violente, moins subtile.
Mauvaise stratégie.
En puissance brute, il se heurte à un mur. Youkool ne possède peut-être pas de don, mais il a été élevé par une ancienne Jedi et avait hérité de sa volonté. Plus l'inquisiteur essaye de forcer les défenses de son esprit, plus il rencontre une résistance sans faille, un rempart de volonté pure.
Soudain, le doute, la douleur et la colère se déversèrent dans l'esprit de Youkool et celui-ci compris que c'était les émotions du Sith qu'il ressentait. Il doit avoir baissé sa garde, pense le soldat, et s'être fait touché par mes camarades. Impression confirmée par l'emprise sur son esprit qui se relâche brusquement.

Youkool se relève d'un mouvement, et analyse son environnement. Le manipulateur d'ombres gît au sol, la robe criblée d'impacts de laser encore fumants. Le soldat retire son casque qui, tout systèmes électriques grillés, ne lui sert plus à rien et prend conscience des bruits de lutte qui retentissent toujours. Tout autour de lui gisent des soldats morts, blessés ou se tenant la tête pour lutter contre les rémanences du contrôle du Sith.

Le commandant, seul homme encore debout, est aux prises avec le dernier wampa survivant. Youkool se relève, cherche une arme des yeux.
« Ah ! ». Le gradé a trébuché sur un cadavre de bêtes. Le carnassier abat ses griffes.

Instinct.

Youkool s'interpose, tentant de parer le coup avec le fusil d'assaut qu'il vient de ramasser. Ce n’est pas suffisant. Les griffes du monstre traversent le métal comme du beurre et tracent sur la partie gauche de son visage trois lignes de feu. Pour la deuxième fois cette nuit là, Youkool s’effondre. Il n'a que le temps de voir le commandant achever le wampa d'une rafale de son arme de poing avant de sombrer de nouveau dans les ténèbres.
_______________
Youkool a trente-quatre ans. Errant sur les plages de Ord Mantel, il aperçoit un homme au sol tentant de se protéger. Un inquisiteur Sith, dont la présence est incongrue à un tel endroit mais néanmoins bien réelle, s'apprête à le foudroyer.
Youkool s'interpose.

Éclair.

Réveillé par la sensation d'un médipac administré d'une main experte, il revoit ses précédentes rencontres avec un serviteur du côté obscur.

Il soupire : « Il faut vraiment que je me dégote une armure isolante. »



J'ai décidé de retravailler mon histoire, considérant que le premier jet était franchement brouillon donc : (re)voilà le premier chapitre !
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Re: Youkool Sekuray

Message  Youkool le Lun 7 Sep - 20:06

Chapitre 2 : Mauvais plan


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Un soldat n'agit jamais seul.

Walik songe à cela en observant l'activité qui règne dans Coruscant. À sa droite, les douaniers travaillent par équipe de deux pour fouiller un pilote de cargo suspect. Celui dont l’air est le plus menaçant incite le pilote à rester tranquille tandis que l'autre, minutieux, cherche une éventuelle erreur dans les autorisations. Plus loin, une patrouille de cinq hommes parcoure le spatioport d'un pas détendu mais vigilant. Enfin, les gardes qui encadrent les porches semblent toujours se mouvoir comme un seul homme lorsqu'une alerte se déclenche. Le Cathar est arrivé sur la planète-ville à peine une heure auparavant, mais cette mécanique huilée a déjà attirée son attention. S'arrachant à son observation monotone, il finit son verre et se dirigea vers un service de taxis automatiques.

Venu sur la capitale de la République en quête de crédits, Walik espère pour cela trouver un noble ou un politicien ayant besoin de ses services dans les plus brefs délais. Il est fréquent que les « citoyens honnêtes » cèdent à l'appel du profit facile. Cela implique la plupart du temps de passer outre bon nombre de taxes ou contrôles locaux, tâche beaucoup plus aisée que ce qu'ils s'imaginent. Les primes sont alors moins alléchantes que celles des barons du crime, mais les contrats beaucoup moins risqués. Et Walik avait eu sa dose de risque pour un bon moment.

Il revient à peine de cette affaire sur Ord Mantel et à chaque fois qu'il y repense, des frissons lui parcourent la colonne vertébrale. Un tic nerveux lui agite l'arcade sourcilière, traduisant la violence de l'épreuve qu'il a subit. Le tourbillon noir des souvenirs déferle sur le jeune Cathar, le forçant à prendre appui contre un mur, pantelant.

Pourtant, au départ, l'offre semblait alléchante : faire passer des bobines de tissus au nez et à la barbe des douaniers pour une somme ridiculement élevée. Le tuyau lui avait été passé par une de ses sources de longue date et il avait foncé tête baissée.

Arrivé au point de livraison, Walik avait commencé à se sentir mal à l'aise. Tout s'était passé pour le mieux jusqu'à maintenant mais un mauvais pressentiment continuait de le hanter. Il était très rare qu'il ai à livrer lui-même sa marchandise, encore moins dans ces conditions. Le transfert se faisait souvent dans le spatioport avec la complicité du service de déchargement local ou de quelques douaniers auxquels il graissait la patte. Son naturel prudent en était très satisfait et tout le monde était content.

Cette fois-ci, le commanditaire avait demandé une livraison directe, de main à main, pour réduire les charges soit-disant. Qu'un contrat l'oblige à quitter le spatioport pour la livraison était extrêmement rare. Cette fois-ci il avait accepté, poussé par la prime promise, de déplacer lui-même les caisses sur une plage isolée cachée par une falaise. Rien ne pouvait laisser présager le moindre problème. Rien, excepté le fait que son employeur avait bientôt une demi-heure de retard.

Alors que son instinct lui hurlait de partir en courant, Walik faisait les cent pas sur la plage. Il était inquiet, mais l'occasion était trop belle pour passer à côté. Il se contrôlait en pensant à la somme qu'il aurait en poche dans quelques minutes. D'autant plus que les termes du contrat étaient claires et qu'il allait pouvoir facturer une prime pour prise de risque imprévue due au commanditaire. Cela n'empêchait pas son poil ras de se hérisser pendant qu'il continuait de tourner en rond en se triturant les mains.

Une voix puissante mais légèrement étouffée résonna derrière Walik, interrompant son combat intérieur : « Mon brave ! Je vous remercie de votre patience ! ».
Le contrebandier se figea, paralysé par la surprise. Les capteurs qu'il avait disposé tout autour de la zone étaient sensé le prévenir dès que quelqu'un approchait. Pourtant son oreillette ne lui transmettait qu'un silence radio.


"Oh, c'est ça qui vous inquiète ?"
L'amusement et le dédain était nettement perceptibles dans la voix de l'homme. Walik entendit un claquement de doigts et le son de toutes ses alarmes se déclenchant en même temps lui vrilla les tympans. Il se retourna lentement, sentant du plus profond de ses tripes que son sort était déjà scellé.

Lorsqu'il avisa celui qui l'avait fait attendre, il eu l'impression qu'une poigne de glace se fermait sur son cœur. Nonchalamment adossé à une des caisses de tissu, un homme vêtu d'une robe noire et pourpre se délectait de la frayeur sur le visage de Walik. Ce dernier avait instantanément compris. Il était face à un Sith, un inquisiteur si l'on se fiait à la légèreté apparente de son armure et à la facilité avec lequel il s'était glissé derrière lui.
"Eh bien ? Vous n'avez rien à dire ? Vous donnez votre langue au chat ?", ria le Sith, manifestement très satisfait de sa boutade. Le Cathar, cependant, n'y prêta pas la moindre importance, tétanisé comme un LAPINDESWTOR devant le speeder qui lui fonce dessus.

Penser. Penser. Une solution. Il devait y avoir une solution, il y avait FORCÉMENT une solution.
Mais Walik ne la trouvait pas.
Il n'était pas un combattant, on pourrait même l’appeler un lâche.
Il ne se considèrait pas comme un pacifiste, mais il avait toujours su que tout ça, ça n'était pas pour lui. La guerre, les morts, les explosions. Non, décidément, il était bien plus à l'aise loin des combats.
Bien sûr il avait un pistolet, et savait s'en servir. Plutôt bien même ! … Contre des cibles d’entraînement.
Il avait toujours su éviter les conflits et, lorsque c'était impossible, s'enfuir la queue entre les jambes puis se soigner tout seul pour éviter les questions gênantes des hôpitaux publics.
Mais là ... il était impuissant.
Il était impensable de tenter de s'enfuir, sa ceinture de furtivité suffisait à peine à le camoufler de nuit. Elle ne tromperait pas un inquisiteur Sith. Il pouvait tenter de se soumettre, mais il doutait que le Sith veuille d'un Cathar pour serviteur. Quand bien même, il était probablement préférable de finir un sabre dans le ventre sur cette plage que de se voir torturer à mort par pur sadisme.
Dans un sursaut de volonté, Walik s'ébroua. Aussi futile que cela puisse paraître, il ne se laisserait pas massacrer sans bouger. Il allait tenter son maximum pour survivre.

Cela semblait pourtant peine perdue. À peine avait-il esquissé un mouvement vers son pistolet que le Sith l'avait surchargé à l'aide d'éclairs, le faisant exploser contre sa cuisse. Il poussa un cri de douleur, tenta de rouler derrière une caisse pour se mettre à l'abri, mais avait atterri à l'endroit exact où le Sith générait une surtension. Une courant électrique d'une puissance phénoménale le parcouru, lui causant une douleur qu'il n'aurait jamais cru possible.
Effondré sur le sol, il avait tout de même réussi à sortir son pad médical de sa pochette. Le Sith, lassé du manque de répondant de sa proie, préparait une décharge qui lui serait sans aucun doute fatale. Walik espérait seulement s'injecter un sédatif afin de mourir paisiblement.
Il ferma les yeux.
Le bruit caractéristique d'un arc électrique, non, d'une centaine d'arcs électriques se fit entendre sans que Walik ne ressente aucune douleur.
Ce n'était pas normal, le sédatif qu'il utilisait était puissant, mais pas à ce point. Et puis il était toujours conscient.
Il ouvrit les yeux sur un miracle.

Un soldat en armure lourde blanche et orange, sans casque, les deux pieds plantés dans le sable, interceptait toute la puissance de l'inquisiteur, tandis que des éclairs bleu-violets lui parcouraient le corps entier pour s’enfoncer dans le sol.
Walik en était resté bouche-bée. Comment avait-il pu se retrouver là à ce moment précis ?
Un cri sortit des lèvres du soldat. Un cri rauque, grave, long, profond, plus soutient psychologique que réellement utile. Un cri qui sorti Walik de sa léthargie.
Rassemblant ses esprit, il dirigea le pad médical vers le soldat, ordonnant à son mini-drone de lui injecter une dose de sédatif directement dans la carotide.
Un choix qui permit au soldat une action. Une seule action. Une action désespérée. Une action salvatrice.
Le soldat referma ses bras sur le Sith qui continuait de déverser sa peur, sa colère et sa haine sur lui. Sa peur de ce titan qui ne craignait pas sa foudre, sa colère envers le hasard qui l'avait mis en travers de sa route et sa haine de se vermisseau, faible, inutile, qui se permettait maintenant d'injecter du kolto directement dans les veines du soldat.
Une déflagration violette mit fin au bruit perçant des éclairs. Walik eu juste le temps de voir son sauveur tomber à genou et le Sith réduit en cendres, grillé par sa propre foudre, avant que ses jambes ne se dérobent sous lui.
La nuit le rappelait, lui aussi.

Il s'était réveillé dans une hôpital militaire, seul dans sa chambre, sans la moindre idée de ce qui s'était passé entre-temps. On avait refusé de lui dire le nom de son sauveur, ni ce qu'un Inquisiteur Sith faisait sur le territoire contrôlé par les Républicains. Il parti dès qu'il put accéder à son vaisseau.

Depuis, il avait souvent pensé à ce soldat qui lui avait sauvé la vie.
Ce soldat.
CE soldat ?
Walik, qui avait repris sa route, s’arrêta net en pleine rue. Il avait soudainement pris conscience de ce qui le taraudait depuis ce matin.

Un soldat n'agit jamais seul.


Deuxième chapitre. L'écriture peut paraître un peu plus confuse que le premier. N'hésitez pas à me faire parvenir la MOINDRE critique que vous pourriez trouver ^^
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Re: Youkool Sekuray

Message  Youkool le Mar 8 Sep - 21:05

Chapitre 3 : Deux casques

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« Un soldat n'agit jamais seul ! »
Ça devait être la phrase que leur instructeur leur avait le plus répété.
«Vous avez compris ?! Si vous vous retrouvez seuls, vous êtes FINIS ! Vous disposez tous d'une balise de détresse mécanique ! Même en cas de coupure des communications, ce petit bijou envoi un signal modulé. ALORS CELUI QUI NE L'UTILISE PAS EN CAS DE PERTE LOURDE D'EFFECTIFS ET SE RETROUVE DEVANT MOI REGRETTERA DE NE PAS ÊTRE MORT PAR LA MÊME OCCASION !», gueulait le vétéran.

Il ne s'exprimait qu'en gueulant. En se basant sur les récits des autres camps d’entraînements, Youkool avait supposé que c'était comme ça pour tous les instructeurs. Il sourit doucement. Ce « bon vieux temps », comme certains l'appellent, il ne le regrette pas, mais il en garde tout de même une certaine nostalgie.


Il finit son verre, fait un signe d'au revoir à la serveuse et sort de la cantina. Arrivé à l'air libre, il bloque sa respiration, enfile son casque, attend que le respirateur se mette en route et pu enfin relâcher l'air de ses poumons. Ce geste mécanique était vieux d'un peu moins de deux ans. L’armure qu’il ne quitte presque jamais lui impose ce petit exercice respiratoire, mais c’était bien peu cher payé en contrepartie de son efficacité.
Il avait longtemps rêvé de pouvoir se fabriquer une telle armure mais le règlement de l’armée Républicaine ne lui autorisait pas une telle liberté. Il n’avait jamais compris pourquoi d’ailleurs. Toujours est-il que les soldats ne disposent habituellement que des équipements réglementaires mis à leur disposition. Le jour où il avait terminé la construction de ce qu'il considérait maintenant comme un chef d'oeuvre, cela faisait déjà longtemps qu'il avait quitté l'armée.

En effet, il avait posé sa démission près de deux ans et demi auparavant. Cela ne s’était pas fait sans heurts. Ils avaient essayé de lui refuser cette démission. Ils avaient tentés de le raisonner, de l'amadouer, de l'augmenter, de le menacer. Rien n'y avait fait, sa décision était irrévocable. À chaque fois qu'on avait tenté de le convaincre, il sortait la même réponse de son sac : deux casques républicains.

L'un, percé de part en part par un tir de sniper, appartenait à son meilleur ami et second.

L'autre, enfoncé sur tout le coté droit, appartenait à celui qui avait appuyé sur la gâchette.

Remontant l’avenue le menant au spatioport, Youkool se laisse envahir par les souvenirs…

_____________

À cette époque, il avait obtenu le grade de Sergent depuis une petite dizaine d'années et avait refusé les promotions qui avaient suivies. Il se sentait parfaitement à l’aise à diriger sa petite escouade de six hommes et ne souhaitait pas s’éloigner du front.
Le traité de Coruscant avait limité le nombre de conflits, son escouade et lui s’étaient donc retrouvés assignés à la planète Ord Mantel où ils effectuaient plus souvent des rondes de surveillance que des missions d’assaut. La polyvalence de son équipe les autorisaient à toujours servir ensemble. Des liens d'amitié dépassant la simple camaraderie les liaient et une confiance absolue était née de leurs missions communes. Tous n'étaient pas d'origine, la plupart avaient remplacé leurs prédécesseurs tombés au combat. De l'équipe de départ ne restaient que Rustik, Vaal et Ryol.

Rustik, un vieil homme noir proche de la cinquantaine, était leur expert en explosif. Youkool doutait que ce soit son vrai prénom mais c'était l'identité qu'il déclinait lorsqu'on lui posait la question et il n'avait pas voulu insister en considérant son caractère. C'était probablement l'homme le plus stressé de toute la galaxie, constamment animé de tics incontrôlables. Pas étonnant lorsque l'on exerçait cette profession depuis près de trente ans. Son visage sec et ridé sur lequel une moustache poivre et sel en bataille fleurissait semblaient constamment agité de soubresauts. Cela ne l'empêchait pas de participer aux batailles comme aux moments de détente et il semblait toujours être sincèrement surpris et heureux de l'amitié que lui portait les autres. Une manière simpliste de le décrire était de le désigner comme un personnage affectueux, appréciable et redoutablement efficace dans son travail.

Ryol, le second de Youkool, ne devait pas non plus son poste d'éclaireur à une erreur administrative. Il était sorti de l'école des éclaireurs un an avant que Youkool ne soit diplômé et ne rejoigne le front. Six ans plus tard, Youkool se retrouvait dans la même escouade que lui et il avait immédiatement apprécié cet homme à la démarche féline et au caractère joyeux. Ryol, de son côté, voyait Youkool comme un petit frère, en dépit du fait que ce dernier lui rende une bonne tête et presque trente kilos. Le fait qu'il soit son supérieur depuis bientôt huit ans ne l'empêchait pas non plus de le taquiner dès que l'occasion se présentait. Et les occasions étaient nombreuses depuis l'arrivée dans l'équipe de Agatya, leur nouvelle tireuse d'élite.

La jeune Cathar était diplômée depuis seulement un an quand elle est rentrée dans l'équipe, et Youkool avait dans un premier temps crains que son inexpérience ne fasse un trop grand contraste avec le vétéran dont elle avait pris la place. Il avait rapidement changé d'avis et commencé à regarder la jeune femme d'un autre oeil. Elle était d'une gentillesse et d'une douceur qui surlignaient son apparence trompeuse de jeune femme fragile. C'est sa personnalité avant tout qui avait séduit Youkool, bien que son visage doux fut aussi source d'émerveillement pour le colosse. Malheureusement très peu à l'aise dans les affaires de coeur, il ne savait pas vraiment comment l'aborder, et Ryol ne se privait pas pour se moquer et le pousser à l'action.

Le reste de l'équipe ne lui faisait aucune remarque. Soit ils étaient suffisamment discrets pour ne pas l'embarrasser, soit ils n'en avaient absolument rien à faire, soit, et c'était l'hypothèse la plus probable, ils n'avaient rien remarqué.

Parmis ceux-là se trouvaient probablement Vaal et Kalissyo, les deux artilleurs de l'escouade. Vaal, faisait parti de ces hommes qui paraissait éternellement jeune, et faisait déjà parti de l'escouade lorsque Youkool en avait pris la tête. Kalissyo, une Rattataki, était arrivée peu après. Vaal cultivait à l'aide de sa tignasse blonde et de son sourire étincelant un look de jeune premier, tandis qu'elle, aux tatouages agressifs et le crâne rasé, faisait plus garçon manqué. Depuis le jour où ils avaient été réunis, une rivalité amicale, presque fraternelle, avait animés les deux artilleurs. Youkool avait parfois dû hausser le ton pour qu'ils ne ruinent pas la mission lors de leurs concours permanents mais il étaient néanmoins très doués dans leur domaine et savaient faire preuve de professionnalisme.

Enfin, il y avait Yun'Lov, un Weequay bourru qu'on aurait attribué instinctivement à tout les postes sauf celui qu'il occupait : expert médical. Il alignait rarement plus de trois mots, et son visage n'esquissait un sourire que là où tout autre se serait roulé à terre en se tenant les côtes mais il était néanmoins apprécié dans l'équipe. Son écoute silencieuse mais attentive l'avait désigné comme le confident de l'escouade et était probablement la clé de voûte de leur stabilité mentale.


Au moment des événements qui poussèrent Youkool à démissionner, cela faisait donc huit ans qu'il avait pris la direction de leur petite équipe, et moins de deux ans depuis que Agatya les avait rejoint.

Ils étaient en poste sur Ord Mantel, ou les combats étaient alors peu fréquents.  Leur mission consistait à faire du repérage dans une zone pratiquement déserte de la planète mais néanmoins connue et surveillée.
Leur but était de placer les jalons pour une avancée Républicaine sur le territoire. Ils avançaient de façon prudente, en plaçant à intervalles réguliers les capteurs qu'ils avaient emporté dans un grand chariot à suspension magnétique.
Ils tombèrent à cours de capteurs en fin de journée, et l’escouade fit demi-tour pour rentrer au camp. L'ambiance se détendit rapidement, et l'équipe de sept soldats concentrés se transforma en groupe d'amis en balade.
Ils parcouraient maintenant une plaine qu’ils avait repérée et balisée. En théorie, seuls les soldats de la république pouvaient entrer dans ces terres sans faire sonner une alerte au QG et la visibilité était excellente. Le seul relief était une falaise qui les surplombait à leur gauche, à 500 mètres d'eux. Ils l'avait aussi balisée, aucun ennemi de la République ne pourrait y accéder. Le danger était donc nul et Youkool laissa ses hommes rompre la formation. Il en profita pour engager la conversation avec Agatya. Ils parlaient de tout et de rien quand il vit Ryol se caler à leur hauteur, à sa gauche, son casque sous le bras et un sourire malicieux plaqué sur les lèvres. Il devina que son seul but était de l'embarrasser et se tourna vers lui pour lui rétorquer de remettre son casque. C'est à ce moment là que son monde commença à s'effondrer autour de lui.


Depuis l'accident à son camp d'entraînement sur Hoth, Youkool avait perdu son oeil gauche sous le coup du wampa. Il avait été greffé pour remplacer sa vision perdue et n'avait jamais eu à se plaindre de la qualité de l'appareillage. Bien qu'il ressemble plus à un cache-oeil qu'à un véritable oeil, sa vision était parfaitement restituée et il disposait même d'une légère vision thermique a courte portée. Youkool s'y était donc bien habitué et oubliait souvent jusqu'à sa présence.
Cependant, c'était la première fois que l'implant agissait de la sorte.

Il avait l'impression que le temps s'était arrêté alors que ces trois phrases s'imprimaient dans son esprit.

Danger mortel.
Analyse de la situation.
Réponse: décharge d'adrénaline.


Poussé par l'hormone brusquement relâchée dans son organisme, Youkool se jeta vers le sol pour esquiver le tir de laser qui le visait.
Il ne se pardonnerait jamais ce geste.

Alors qu'il se relevait, il vit Agatya, à laquelle il parlait encore moins d'une seconde auparavant, s'effondrer comme une poupée de chiffon.
Le tir qui avait manqué Youkool l'avait touchée en pleine tête.

Deux secondes qui parurent durer une éternité s'écoulèrent alors que tous observaient le corps sans vie de Agatya toucher le sol. Yun'Lov fut le premier à réagir. Il jeta un fumigène sur le sol en criant "TIREUR EMBUSQUÉ !".
Un autre tir qui toucha Vaal en pleine poitrine leur indiqua que le tireur devait disposer d'une lunette infrarouge.

Il basculèrent le chariot vide, et les cinq soldats encore aptes se réfugièrent derrière. Ryol, comprenant par l'absence d'ordre que Youkool était encore sous le choc, pris la relève.

-"Yun'Lov, tu checkes Aga et Vaal. Kalissyo, appelle le QG ! Rustik, brouille son infrarouge ! Youkool... Réveille toi !"
Il cogna sur le casque du Sergent pour le sortir de sa torpeur, et attendit que chacun mette ses ordres à exécution.

-"COM' COUPÉES, PUTAIN !" hurla Kalissyo, alors que Yun’Lov vérifiaient les signes vitaux des deux soldats à terre.
Le verdict tomba : “Morts. Tous les deux.
- Merde ! … Rustik ? demanda Ryol.
- Ça … ça arrive !” bégaya le vieil homme.
Kalissyo sortie une balise de détresse de derrière son dos, et la planta d'un geste rageur dans le sol. Elle tira sur la goupille pour déclencher le mécanisme. L’appareil était alors censé diffuser un signal SOS dans toutes les directions.
Censé.
Le tireur avait manifestement bien préparé son coup. Au lieu d'une fusée rouge s'élevant vers le ciel, la balise libéra une formidable explosion, projetant tout le monde à terre.

L'implant réagit instantanément.

Augmentation du niveau de danger.
Réponse : activation du module de contrôle de niveau 1.


Youkool, animé autant par une formidable poussée d'adrénaline que par une rage intense, avait instinctivement tiré le chariot devant lui pour se protéger. Ryol, Rustik et lui avait donc échappé au pire, mais Yun'Lov et Kalissyo avait encaissés l'explosion de plein fouet.

La situation était catastrophique. Le chariot qui les protégeaient avait été emporté et les soldats gisaient tous à terres. Ils roulèrent immédiatement pour ne pas offrir au tireur des cibles trop faciles. Rustik, trop lent, fut immédiatement sanctionné d'un tir qui le crucifia au sol.

Yun'Lov, le côté droit entièrement brûlé se précipita vers Kalissyo dont le bras droit avait été déchiqueté. Youkool, que l'explosion avait fini de réveiller, hurla à son tour: "Ryol ! Couvre moi !"

Son meilleur ami compris immédiatement ses intentions, et commença à canarder dans la direction qu'il avait réussi à repérer.
Youkool, protégé par le tir de suppression de son ami, s'élança vers la falaise.
Il ne courrait pas, il volait. L'adrénaline qui courrait dans ses veines lui donnait l'impression de pouvoir tout faire, tout accomplir. Mais il ne ressentait aucune ivresse, seulement une rage douloureuse. Son but est cet homme qui abattait un à un ses amis. Arrivé proche de la falaise, il entendit distinctement une nouvelle détonation. Il jeta un coup d'oeil derrière lui.
Obligé de se mettre à couvert, le tireur avait choisi une cible facile. Yun'Lov, ne pouvant désormais plus sauver la Rattataki, avait pris son arme, et entamait lui aussi un tir de couverture.

Le tireur devait faire un choix. Sortir de sa cachette pour fuir ou tenter d’abattre les tireurs. Dans les deux cas, il prenait un risque considérable. Seulement, le sergent qui avait maintenant entamé une grimpe rapide de la falaise ne lui laissait pas le temps de réfléchir plus longtemps. Il choisit d’effectuer sa mission jusqu’au bout. Mauvaise idée.

Un tir résonna, et Youkool su. Dans une clairvoyance froide, il compris soudain comment tout cela se terminerais. Il su qu’il serait le seul à pouvoir s’en sortir vivant. Il eu l’impression que son cœur s’arrêtait.  Il jeta un coup d’oeil derrière lui et vit s’effondrer Ryol, le crâne percé de part en part. Yun’Lov était le dernier homme de son escouade encore vivant, mais il n’avait pas bronché malgré son camarade qui tombait. Lui aussi avait compris qu’une seule issue serait possible, et continuait de bombarder la cachette du snipeur à l'aide du canon lourd de Kalissyo. C’était le seul moyen pour qu’au moins un d’entre eux ne s’en sorte vivant. Il avait beau courir de droite à gauche, bondir, virevolter pour tenter de surprendre le tireur, celui-ci avait déjà montré ses talents, et le médecin savait qu’il vivait ses dernières secondes. Mais chaque seconde gagnée rapprochait Youkool du sommet de la falaise. La seule inconnue restait le temps qu'il réussirait à faire perdre au tireur pour protéger son supérieur.

Dans une dernière impulsion, Youkool se retrouva au sommet. Au même moment, un dernier tir résonnait, faisant taire le vacarme de la mitrailleuse lourde.

Le tireur était là. Couché entre deux pierres rougies par le feu nourri des compagnons de Youkool. Le soldat avisa l’homme à terre. Lorsqu’il comprit, une colère immense, un froid dévastateur, lui fondit dessus. Celui qui avait abattu ses camarades, ses amis, la femme qu’il aimait, était là, devant lui. Et c’était un soldat républicain.

Jamais Youkool n’avait ressentit pareille émotion. Jamais à ce point l’envie de tuer, brutale et froide, ne lui avait dévoré les entrailles. Le tireur avait roulé pour se relever, mais Youkool était déjà sur lui. Il lui arracha son arme des mains et s’en servit comme d’une masse pour lui faucher les jambes. Sous l’impact, terrible, le fusil de précision explosa tandis que l’armure légère du tireur laissa s’échapper le bruit d’os subissant le même sort.
Le tireur hurla, et son cri s’étouffa dans un gargouillement.
Youkool l’avait saisi à la gorge, l’étranglant de sa main gauche.
Alors que sa proie se débattait, Youkool l’écrasa contre le sol. Plusieurs os craquèrent, et un hoquet saisit le torse du snipeur.
Youkool leva son poing droit, serré.
Toute sa colère bouillonnante, toute sa détermination froide, toute sa douleur.
Toutes ses émotions, violentes et contradictoires.
Tout.
Il mit tout dans ce coup. Un seul coup qui résonna dans la vallée comme un éclair.
Il écrasa son poing contre le casque du tireur. Les os de son avant-bras se brisèrent en plusieurs morceaux. Le casque renforcé, capable de supporter une pression de plusieurs centaines de kilogrammes, se plia sous l’impact.
Le snipeur arrêta de bouger.
Il était mort.

Les bras ballants, Youkool resta à genoux sur le sol, à cheval sur le cadavre du traître. Il enleva son casque et leva le visage vers le ciel. Une voix synthétique, insupportablement insensible, résonna dans son esprit :

Danger écarté.
Désactivation du module d’amplification des émotions.
Désactivation de la génération d’adrénaline.
Retour à l’état sommeil.


Youkool s’effondra.
Un premier sanglot resta bloqué dans sa gorge.
Un second fit couler la première larme sur sa joue.
Un troisième.

Il resta des heures, prostré, la tête contre la poitrine immobile du tireur, pleurant toutes les larmes de son corps.

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